Un jour qu’il quittait Mexico par la voie des airs, installé près du hublot pour mieux apprécier le spectacle de l’immense capitale, Marc Ash eut ce qu’on pourrait appeler une vision. A peine sa ceinture bouclée, il s’était emparé d’un exemplaire du Monde pour renouer avec la France, avec sa langue, peut-être aussi son actualité. Pas nécessairement l’actualité française, mais l’actualité vue de France, développée sous la bannière en gothique de ce journal- institution. A un moment donné, une certaine inclinaison de l’appareil s’accordant à une certaine inclinaison du soleil, un rayon lumineux vint littéralement éclairer Le Monde, et cette lueur entra pour n’en plus sortir dans le regard du peintre. Eclairer le monde, Eclairer le Monde…Qui éclaire qui ? Sans doute un journal est-il fait pour éclairer, et si le Monde est un miroir du monde, alors ajoutons aussitôt qu’il est un miroir réfléchissant.
De cette vision, Marc Ash a fait une œuvre, une exposition, une manière de manifeste. Qu’il enferme des briques de journaux sous des fils de sisal, qu’il installe des lampes à diffusion douce sur du papier journal, qu’il chiffonne des pages sans jamais effacer les informations qu’elles apportent, l’artiste renvoie du Monde le reflet auquel il tient le plus : œuvre éphémère, il a pourtant vocation à durer à travers l’épaisseur des jours, et sa lumière persiste bien après que la date soit périmée.
Le travail de Marc Ash est toujours porteur de sens. Jamais d’inutile ou de futile, il ose traiter des sujets, n’a pas peur de transmettre des messages qui sont les marques de son engagement : on peut ainsi rapprocher Eclairer le monde d’autres œuvres qui ont fondé sa notoriété, les saisissants tableaux de Tous Ensemble sur la Shoah, ou plus encore l’impressionnant travail sur les livres brûlés, montrant que même entièrement calciné, un ouvrage contient encore du texte, des mots et des lettres déchiffrables à l’œil nu. Marc Ash nous le dit comme un message d’espoir : il y aura toujours quelque chose à lire, malgré les grands chambardements du monde. Espérons qu’il y aura toujours à lire des journaux, éclairés et éclairants.
Eric Fottorino
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