ENTREPRENDRE EST UN ART !...
Entreprendre consiste à mettre en œuvre un savant assemblage de savoir faire, d'imagination, d'émotions, de moyens humains et matériels, de tâches - ingrates ou gratifiantes – pour satisfaire le rêve qui, tout au fond de lui, est à la base de la vocation de l'entrepreneur et ainsi rencontrer les besoins d'une clientèle, dont la présence garantira une pérennité à l'ensemble.
L'artiste est un entrepreneur : il doit savoir conjuguer des idées, un talent, une science, un savoir faire et des matériaux au service d'une création, qui part ensuite à la rencontre de son public qui, s'il est conquis, donne à cet artiste les moyens de continuer à exercer son art.
Et pourtant, un entrepreneur, dans l'esprit de tous, n'est pas nécessairement considéré comme un artiste, et inversement.
Quelle est donc la différence entre l'artiste et l'entrepreneur ?
Il n'y en a pas, en réalité, car l'artiste fait partie d'une certaine catégorie d'entrepreneur :
- comme tout entrepreneur, il fait œuvre d'imagination et de création ;
- comme tout entrepreneur, il a le souci de protéger ses créations ;
- comme tout entrepreneur, il utilise des techniques spécifiques ;
- comme tout entrepreneur, il fait appel à des moyens humains et matériels pour réaliser son objectif ;
- comme tout entrepreneur, il doit vendre ses créations pour perdurer et continuer à créer ;
- etc.
Ce qui fait la spécificité de l'artiste, c'est que ses créations ont pour but de satisfaire en premier lieu sa propre sensibilité, peu important - de prime abord en tout cas - les conséquences financières de cette création. L'artiste cherche ensuite à atteindre la réceptivité émotionnelle de ses congénères sans, a priori, rechercher d'autres objectifs.
Tel est aussi majoritairement le cas de tout entrepreneur, qui malgré ce que l'on peut croire ou dire, est vraiment très loin d'avoir pour objectif de "faire de l'argent".
Aux uns comme aux autres, il faut d'ailleurs souvent rappeler que leur art ou leur entreprise ne peut pas se réaliser s'ils se déconnectent de l'échange avec les tiers et que la pérennité de leur entreprise rend nécessaire de se soucier de ses aspects financiers. L'humain a besoin d'échanges, c'est quasiment dans ses gènes, et l'argent, lorsqu'on le débarrasse des dérives douteuses qu'il a suscitées chez certains, a permis de développer les échanges de tous ordres entre les êtres humains. En ce sens, il s'agit d'une invention géniale, même s'il est un vrai tabou, dont la seule évocation fait peur.
Pourtant, malgré ce qui unit incontestablement artistes et entrepreneurs, on constate à quelques exceptions près qu'il y a souvent un vrai fossé entre eux et qu'ils savent seulement se regarder en chiens de faïence, méfiants.
Ce fossé est à mon sens uniquement la résultante d'un défaut de communication : souvent les uns et les autres n'osent pas s'aborder, parce qu'ils n'ont pas de langage commun, alors qu'en fait ils disent les même choses et vivent souvent les mêmes expériences.
L'initiative du SMART d'inviter les entreprises du Pays d'Aix à se joindre aux artistes - et inversement - est donc de ce point de vue particulièrement heureuse.
Ce lieu de rencontre permettra-t-il l'éclosion d'un nouveau langage, commun à tous, faisant choir les barrières artificielles que les a priori, la peur et l'ignorance ont dressées ?
Je le souhaite ardemment et je m'y emploierai.
Stéphane AGUIRAUD
Président du GEPA
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